Discours de Pierre Dessemontet pour l’accession à la vice-présidence du PS

Chères et chers camarades,
Notre mouvement a été fondé il y a un siècle et demi dans le but de défendre et de promouvoir les intérêts de la classe ouvrière. Durant la plus grande partie de son existence, notre parti a évolué dans une société de masse, segmentée en quelques grandes classes sociales, auxquelles il était possible et naturel de s’adresser d’une seule voix, souvent à travers un seul média. Comme la classe ouvrière était très fournie, cela a suffi à assurer à notre parti une place importante dans le système politique de notre pays et de notre canton.
Depuis quelques décennies toutefois, la société est devenue de plus en plus complexe, avec la tertiarisation de l’économie et la spécialisation de plus en plus poussée des activités et des métiers. Ainsi, la classe ouvrière d’antan a été petit à petit supplantée par une myriade de nouvelles classes sociales, qui, de par la diversité de leurs caractéristiques et de leurs expériences, au sein d’une société qui s’atomise de plus en plus, ont trouvé plus difficile qu’avant de s’organiser afin de défendre leurs intérêts, comme la classe ouvrière avait si bien su le faire avant elle.
Nous avons potentiellement la même difficulté : là où il y a encore 50 ans, nous pouvions nous adresser d’une voix à la classe ouvrière – 45% de la population active en 1970 ! – il est désormais nécessaire de nous faire entendre de cette myriade de publics éclatés qui constituent la société actuelle, post-moderne, et post-industrielle. Il nous faut trouver le moyen de nous adresser à des publics souvent très différents, parfois isolés, et qui ne perçoivent pas toujours aussi clairement qu’avant la convergence de leurs intérêts. C’est notre travail de « réunir la gerbe », de fédérer les intérêts et les aspirations de cette kyrielle de groupes. Et c’est notre responsabilité de ne pas céder à la facilité, à la tentation d’aller dans le sens du vent, et de solder l’héritage de décennies de luttes pour le progrès social et la constitution d’une société plus juste et plus solidaire.
Jusqu’ici, le parti socialiste vaudois a réussi ce passage : nous sommes restés, plus que d’autres, fidèles à nos engagements, fidèles à notre ligne, sachant nous adapter à un monde qui change mais sans jamais lâcher sur nos principes et nos valeurs. Partant, nous n’y avons perdu ni notre âme, ni notre électorat. Dans le canton, nous représentons toujours un gros quart de la population, et ceci alors que l’extrême-gauche y est bien vivante, et que les Verts sont en excellente santé – en bref, nous ne sommes pas forts parce que nos alliés sont faibles, mais nous sommes forts au sein d’une gauche forte. Cela, nous le devons à celles et ceux qui nous ont précédé à cette tribune, à cette table, dans cette salle et dans nos instances. Vous êtes nombreuses et nombreux dans cette salle : soyez remerciés de votre travail, vous êtes un exemple pour nous.
Reste que les défis de demain sont au moins aussi complexes que ceux d’hier et d’aujourd’hui. A court terme, nos adversaires se servent du délitement du lien social et de l’air du temps pour revenir sur les conquêtes sociales de nos aînées et aînés – on vient encore de le voir au plan fédéral concernant les prestations complémentaires. Dans les domaines qui nous sont chers, rien n’est jamais acquis et il nous faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.
A plus long terme, les évolutions actuelles de la société nous posent de nouveaux défis : pour résumer, entre délocalisation, automatisation et uberisation, le monde du travail que nous connaissons risque bien d’être modifié de fond en comble – de fait, c’est la notion de travail elle-même qui pourrait être remise en cause, ce qui pourrait constituer un problème existentiel pour une formation comme la nôtre, dont l’origine et le cœur reste travailliste.
Dans le même temps, à Neuchâtel, à Berne, à Genève, le temps est à l’embellie et nous laisse espérer que la baudruche populiste qui a pris ce pays est en train de se dégonfler. Il nous revient, dans ce cadre, et avec cette espérance, de bousculer la droite, de la déséquilibrer, de lui rentrer dans le chou, de lui faire perdre un peu de sa superbe – de reprendre un peu de poil de la bête sur son dos, et ce faisant, d’aller chercher ce sixième siège aux fédérales de l’an prochain, dont la campagne commence aujourd’hui.
Et nous y arriverons en gardant le cap, camarades. Nous l’avons fait jusqu’à maintenant, nous pouvons le faire dans le futur. Même en prenant en compte la diversité de la société actuelle et de ses nombreuses tribus, même en admettant les bouleversements immenses qui nous attendent dans les prochaines décennies, il y aura toujours des classes sociales défavorisées, qui auront besoin d’être défendues et dont les intérêts devront être représentés.
Notre boussole, c’est ça : quelle que soit la forme de la société vers laquelle nous nous dirigeons, sa valeur se mesurera toujours au traitement qu’elle réserve au plus fragile de ses membres. La seule jauge de la qualité d’une société, c’est la justice sociale et la solidarité dont elle se montre capable.
C’est dans cette idée-là que je me présente devant vous, chères et chers camarades, aux côtés de Jessica et de Monique, dans le but de servir la cause et le parti. Mais cela, nous ne pourrons pas le faire sans votre confiance et votre soutien. Je vous demande donc humblement, et avec reconnaissance, votre soutien, et votre confiance, pour les deux années qui viennent.
D’avance, merci infiniment.

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